photo : Laurent Frey
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Le bureau touristique au centre-ville de Richmond et des événements comme le Festival de cirque vont possiblement cesser leurs activités. Leur gestionnaire, la Corporation du Pays de l’ardoise, annonce qu’elle suspend ses projets phares. La Ville de Richmond n’ayant pas, selon l’organisme, offert un financement suffisant.

Dans son offre de service présentée au conseil municipal, l’OBNL propose de continuer à gérer le développement touristique de la région du Pays de l’ardoise. Qui comprend non seulement Richmond, mais aussi Melbourne, Cleveland, Ulverton et Kingsbury.

À cela s’ajoute la gestion de la boutique-galerie du bureau touristique, le Festival de cirque ainsi que des projets de partenariats entre municipalités, élus, citoyens et divers acteurs du milieu. Le tout pour une somme de 90 000 $ pour l’année 2026.

Un montant «qui ne fait pas de sens»

«La Corporation du Pays de l’ardoise nous a demandé un montant qui, pour nous, ne faisait pas de sens [90 000 $]. Nous leur avons offert un premier montant de 20 000 $. Puis, après une rencontre, nous avons bonifié de 50 % ce premier montant pour atteindre 30 000 $. La réponse de la Corporation a été que ce n’était pas suffisant. Vu leur refus, les négociations se sont arrêtées là», explique le maire, Kevin Stoddard.

Le maire précise qu’il ne s’agit pas seulement d’une question monétaire, mais aussi des mandats que la ville veut confier à l’organisme. Le conseil municipal souhaite les circonscrire à la gestion du bureau touristique et à l’organisation d’événements. De là l’offre financière moins élevée.

Le maire de Richmond, Kevin Stoddard.  (photo : Studio Vicky Bombardier / MRC du Val-Saint-François)

«Nous voulons travailler à la revitalisation du centre-ville»

Une vision qui n’est pas partagée par la Corporation. Elle qui œuvre depuis cinq ans à faire rayonner ce coin de l’Estrie.

«Ils ont perçu notre offre de service comme un demande de subvention de la part d’un organisme communautaire. Qui demande de l’argent pour réaliser ses propres projets. Or ce n’est pas ça. Ce que nous proposons à la Ville, c’est de travailler avec elle à la revitalisation du centre-ville. Pour ce faire, ça prend une démarche stratégique avec un plan d’action. Pas seulement des étudiants derrière un comptoir de bureau touristique. C’est beaucoup plus large. Il y a tout un volet de communication et de relations avec les autres intervenants du milieu», fait savoir Raymonde Brossard, présidente du conseil d’administration de la Corporation.

Raymonde Brossard, présidente du CA de la Corporation du Pays de l’ardoise. (photo : gracieuseté)

Embaucher un employé à la Ville

Kevin Stoddard croit lui aussi à cette mission, mais qui serait pilotée par la ville plutôt qu’un organisme.

«La revitalisation du centre-ville, ce n’est pas juste de l’animation. C’est aussi la mobilisation des acteurs du milieu, dont les commerçants. Il faut aussi penser à la modification du mobilier urbain, à l’aménagement, etc. De même, nous devons faire face, comme municipalité, à des exigences gouvernementales en matière de réduction des ilots de chaleur et d’atténuation des effets des pluies abondantes. Ça demande des investissements qui sont importants.»

C’est pourquoi la ville de Richmond prévoit plutôt embaucher un chargé de projet, à l’interne, qui serait responsable, entre autres, du dossier de la revitalisation du centre-ville. «Il n’y avait donc pas lieu à ce qu’on paie deux personnes pour faire le même travail», pointe le maire.

La Corporation et la Ville de Richmond croient tous deux que la revitalisation du centre-ville passe par des actions qui vont au-delà de l’organisation d’événements ponctuels.  (photo : Laurent Frey)

Raymonde Brossard y voit un scénario semblable à celui de l’an dernier. Alors que la Ville de Richmond avait décidé de réviser à la baisse son entente avec l’organisme, passant de 80 000 $ en 2024 à 20 000 $ en 2025.

«Il semble que la Ville soit déterminée à travailler autrement avec la Corporation, malgré les résultats que nous avons obtenus. Dans la résolution qui mettait fin à l’entente que nous avions avec eux, ils parlaient de dédier des sommes, dans le budget de 2025, à l’embauche d’un employé contractuel pour assurer la revitalisation du centre-ville. Pour poursuivre la démarche Cœur villageois et pour un volet dédié aux communications de la ville. Toutefois, on n’a rien vu de ça en 2025.»

320 000 $ en cinq ans

En cinq ans, la Ville de Richmond a versé un total de 320 000 $ à la Corporation du Pays de l’ardoise. L’organisme estime qu’il a maximisé l’impact de ces investissements. Non seulement par ses actions, mais en offrant un levier financier.

«La Corporation, parce qu’elle est un OBNL, est allée chercher du financement additionnel. Que nous estimons à un peu plus de 45 % des sommes investies par la Ville. Ce financement additionnel a été réinvesti dans des projets liés à la revitalisation du centre-ville», marque Raymonde Brossard.

La présidente ajoute qu’au-delà de ces chiffres, l’implication citoyenne a aussi contribué de façon significative aux actions de la Corporation. Et ce, sans coûter un sou à la Ville. «La Corporation a mobilisé beaucoup de bénévoles qui ont investi énormément d’heures dans différents projets.»

La Corporation estime qu’elle a bonifié, chaque année, les investissements de la Ville de Richmond. En allant chercher d’autres sources de financement. (source : Corporation du Pays de l’ardoise)

Une approche et un modèle «inspirants»

«Nous avons démontré un bilan des plus positifs et des retombées concrètes. Depuis cinq ans, ça bouge beaucoup du côté de Richmond grâce au Pays de l’ardoise», tient à rappeler Raymonde Brossard.

De fait, depuis 2021, la Corporation a créé de toutes pièces un bureau touristique et une boutique-galerie, avec la collaboration de la Ville qui lui a fourni un local. Elle a aussi su innover par ses nombreuses propositions comme le Festival de cirque, l’installation d’un piano public, l’appui au projet vidéo «J’y étais», la coordination du «Cœur villageois», la réalisation d’études pour la revitalisation du centre-ville, l’animation du Village du réemploi, etc.

Les deux éditions du projet « J’y étais » a fait connaître le passé de Richmond par le point de vue des citoyennes et citoyens.  (photo : Laurent Frey)

Elle a aussi permis à la région de Richmond de se démarquer sur le plan touristique avec son appellation de «Pays de l’ardoise», de plus en plus connue.

«Les réalisations de la Corporation du Pays de l’Ardoise contribuent de façon tangible à l’attractivité du Pays de l’Ardoise et, plus largement, à celle des Cantons-de-l’Est. Son approche collaborative et citoyenne constitue un modèle inspirant pour d’autres territoires en quête d’un développement touristique porteur de sens et de retombées collectives», peut-on lire dans une lettre d’appui signée par Isabelle Charlebois, directrice générale de Tourisme Cantons-de-l’Est.

Fin du Pays de l’ardoise?

Kevin Stoddard tient à souligner que le conseil municipal reconnaît tout ce qui a été fait par la Corporation et ses nombreux bénévoles. C’est pourquoi il souhaitait renouveler l’entente avec l’OBNL pour la gestion du bureau touristique et l’organisation d’événements.

«C’est pour ça que nous avons bonifié le montant que nous voulions offrir à la Corporation. Nous avons essayé d’être à l’écoute. Ils ont plutôt décidé que ce serait leur offre de service complète ou rien du tout. Nous avons essayé de faire notre bout de chemin, mais nous ne sommes pas parvenus à un accord. À partir de là, nous ne pouvons pas leur forcer la main.»

Le bureau touristique du Pays de l’ardoise, et la boutique-galerie qu’il abrite, fermeront-ils leurs portes? La Ville est encore incertaine pour la suite.  (photo : Sébastien Michon – Le Val-Ouest)

Il remet aussi en question le fait que Richmond paie le gros de la facture.

«Les contributions des municipalités environnantes sont vraiment minimes par rapport aux montants que nous versons. Alors que tout le monde en bénéficie. C’est normal que nous soyons interpellés par le développement touristique, parce qu’une grande partie du tourisme du Val-Saint-François se fait dans la région de Richmond. Maintenant, il faut voir jusqu’où nous voulons aller et jusqu’où c’est générateur de bienfaits.»

À cet égard, Kevin Stoddard révèle que le conseil municipal se questionne désormais à savoir si, dans le contexte, Richmond poursuivra avec son volet touristique. Compte tenu que, de son point de vue, le développement touristique relève de la MRC.

Le maire rappelle que toutes les municipalités du Val-Saint-François, y compris la sienne, ont choisi de déléguer cette compétence à la MRC et de lui payer une quote-part pour s’en occuper.

Quel avenir pour la Corporation?

Pour le moment, la Corporation annonce qu’elle va reprendre les rênes du journal L’Ardoise, après la dissolution de l’OBNL qui s’en chargeait. Ce journal sert à la fois de bulletin municipal pour les cinq municipalités qui font partie du «Pays de l’ardoise» et de vitrine pour les activités de la région.

Qu’en est-il des autres volets de la mission l’organisme?

«Nous voulons revoir notre stratégie et nos orientations. Pour voir comment nous pouvons continuer à contribuer au développement du territoire, en-dehors d’une entente avec la Ville de Richmond», indique Raymonde Brossard.

 

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